Bernard Sénécal

Maître Zen Jésuite

Il enseigne le bouddhisme en Corée du Sud, où il habite depuis 1985, et il dirige aujourd’hui la « Communauté du champ de pierre au bout du chemin. » Il commence en 1985 des études en langue et civilisation coréennes, termine un doctorat en bouddhisme coréen en 2004, puis un diplôme de maître Seon (Zen en coréen) en 2007. Il devient ensuite professeur à l’Université Sogang (2004-2015), chercheur et assistant rédacteur en chef du Journal of Korean Religions. Ce faisant, il est plongé dans une culture autre, qui exerce une grande influence sur lui.
« Dès le début de mes études en langue et civilisation coréennes, j’ai commencé à m’interroger sur la signification du Christ au sein d’un univers de pensée où coexistent, en interagissant, chamanisme, confucianisme, bouddhisme, sectes protestantes de toutes dénominations et nouvelles religions », écrit le P. Senécal.
Comme il l’explique dans son livre Jésus le Christ à la rencontre de Gautama le Bouddha, attiré par le message de Bouddha, le jésuite a remis en question son identité de chrétien. Dans sa quête de réappropriation de sa foi, il a toutefois découvert que cette tension entre Christ et Bouddha s’envolait, que les traditions chrétienne et bouddhiste se sont harmonisées en lui. « Lors d’une expérience mystique, dit-il, « j’ai senti que plus j’irais vers le Bouddha, plus j’irais vers une démarche qui me renverrait au Christ. » Et cette intuition ne l’a plus quitté.
Pour le P. Senécal, l’étude d’une autre religion, comme le bouddhisme, rend humble et permet de redynamiser la religion catholique. « Il y a des univers de pensée religieuse qui n’ont pas attendu le christianisme pour exister et qui continuent d’exister tout en s’en passant fort bien. »
Il est reconnu comme l’un des grands contributeurs de cette riche rencontre interreligieuse souhaitée par le pape François.
En effet, le Pape a par exemple dit aux participants à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux que « Il existe une pensée diffuse selon laquelle la coexistence ne serait possible qu’en cachant sa propre appartenance religieuse, en nous rencontrant dans une sorte d’espace neutre, privé de références à la transcendance. Mais ici aussi : comment serait-il possible de créer de véritables relations, de construite une société qui soit une authentique maison commune, en imposant de mettre de côté ce que chacun considère être une partie profonde de sa propre personne? » Le Père Senécal est l’exemple d’un homme créant avec d’autres une maison commune.
Depuis 2014, le P. Senécal dirige avec quelques laïcs la Communauté du champ de pierre au bout du chemin, installée à une centaine de kilomètres de Séoul. Cette communauté pratique l’agriculture biologique sur un terrain de 3000 m² (le P. Senécal est finalement devenu fermier!) et intègre quelques personnes souffrant d’un handicap physique. Elle est également unique en Corée par le fait qu’elle est œcuménique, interreligieuse et internationale. Jumelée à une association bouddhiste coréenne dite « La Voie du Seon » (Seondohoe) et rattachée à la lignée du maître chinois Linji (IXe siècle), elle se spécialise dans une rencontre multidimensionnelle avec la tradition fondée par le Bouddha.
«Au carrefour de la voie du Christ et de celle de Bouddha, la Communauté du champ de pierre au bout du chemin propose une spiritualité qui concilie réflexion intellectuelle et contact avec la terre », explique le jésuite. Il s’agit également d’une réponse concrète à Laudato si. Et selon les mots du pape François, l’avenir se trouve dans ce genre de communauté.

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